Au plus près du vivant
― Episode 3 ―
STOP aux souffleurs : pour le bien-être de votre jardin … (suite)
Comme annoncé en fin d’épisode 2, nous poursuivons la réflexion collective de Mark J Millan, neuroscientifique écossais, sur « l’inutilité » des souffleurs de feuilles dans la vie urbaine moderne.
Effets néfastes sur la litière, le sol et la biodiversité
Dans la mesure où l’objectif principal des souffleurs est l’élimination des feuilles et d’autres débris végétaux, ils exercent forcément une influence calamiteuse sur la litière et la vie qui en dépend – et également sur le sol qu’elle protège et enrichit.
« Ça tue tout » était le commentaire lapidaire, réaliste et bien triste d’une équipe de jardinage que s’est sentie « obligée » de s’en servir. Ceci n’est guère étonnant lorsqu’on constate que la vitesse des flux d’air projetés par les souffleurs peuvent atteindre plus de 120+ km/heure, suffisantes pour anéantir ou au moins blesser et déplacer tout petit animal qui a la malchance d’être touché. Même s’ils ne sont pas directement atteints, ils perdent leurs zones de refuge, de repos, de nidification ou bien de l’hibernation. Les animaux nocturnes qui se dissimulent dans la litière pendant la journée ou qui y passent l’hiver sont plus particulièrement vulnérables, notamment les Lépidoptères et les hérissons, deux classes d’animaux qui se font de plus en plus rares. Bien entendu, la perte de la litière signifie la disparition d’un réservoir critique de nourriture pour une pléthore d’espèces, et notamment les oiseaux qui sont également en forte diminution tant en termes de nombre que de diversité.
L’utilisation des souffleurs a également des conséquences indésirables pour le sol et ses habitants. En faisant sauter la litière et en partie la couche arable (enrichie en humus) juste en dessous, les jets puissants des souffleurs privent le sol – et la végétation associée – de leur source primordiale de nutrition. Les conséquences, surtout à long terme, peuvent s’avérer graves : à plus grande échelle, on pense à la désertification des régions appauvries par l’abattage de la forêt primaire. En plus, en perdant sa protection, le sol devient plus susceptible à la dessiccation, à la super saturation (l’humus absorbe et libère lentement l’eau) et à la compaction. Une compression trop ferme du sol diminue l’aération et la capacité de retenir l’eau, ce qui détériore les conditions de croissance des racines, et rend plus difficile la construction des galeries et des nids. Ceci est pertinent car, en plus de la litière, la couche arable abrite un assortiment riche d’espèces impliquées elles aussi dans la libération des nutriments et dans le brassage mécanique de la terre : par exemple, les fourmis constructrices de galeries, les tardigrades et d’autres genres de collembole. En raison de leur impact sur le sol, les souffleurs risquent également de détruire les nids des abeilles solitaires (jeunes en développement) et des bourdons (y compris les reines en hibernation), tout en éparpillant diverses espèces de larves et des œufs enterrés des criquets.
Pour compléter le schéma, les effets destructeurs des souffleurs ne se limitent pas aux espèces rattachées physiquement à la litière et au sol. Par exemple, leur bruit monstrueux fait fuir les oiseaux et les empêche de communiquer efficacement.
Sans pour autant parler des pertes de fleurs heurtées par inadvertance, et l’élimination des graines qui ne germeront plus, on peut bien comprendre que l’usage des souffleurs dans les jardins peut avoir des effets catastrophiques et, au moins pour les zones de végétation, qu’il devrait impérativement être évité.
Effets néfastes pour l’environnement et pour la santé

Un autre problème avec les souffleurs concerne le traitement des feuilles mortes et d’autres débris organiques une fois ramassés. Souvent pour les particuliers, et quasiment toujours pour les entreprises de jardinage, la litière est confinée aux sacs (plastiques) et « évacuée » (donc perdue) du jardin. Il y a peu de traçabilité concernant son destin ultime, mais une partie risque malheureusement d’être brûlée ou d’être déposée en décharges, et dans ces conditions anaérobiques le matériel organique à tendance à libérer le méthane, ce qui n’est guère favorable pour l’environnement non plus. De plus, l’habitude (un peu ironique) d’appliquer des engrais de synthèse une fois l’engrais naturel (feuilles mortes) enlevé, expose à des risques de concentrations excessives, d’effets toxiques, d’une diffusion trop rapide, et une contamination de la nappe phréatique.
En ce qui concerne la pollution de l’air, l’aspect le plus négatif des souffleurs thermiques (à deux-temps/essence) – ceux préférés des sociétés de jardinage – est lié à leur mode de fonctionnement. Ils crachent un cocktail puant, nocif et malsain – tant pour l’environnement que pour l’homme – composé de : fumée ; essence et huile non brûlée ; benzène et formaldéhyde ; ozone, oxydes d’azote, CO2 et CO ; et suie noire. D’ailleurs, même les souffleurs électriques déclenchent des tourbillons (jusqu’au 4 à 5 mètres d’hauteur et dépassant les murs) de poussières, spores, microbes (virus et bactéries, éventuellement pathogéniques), pollens et petits morceaux végétaux, cadavres d’insectes, mites, résidus de pesticides et herbicides, microplastiques, déjections d’animaux domestiques et sauvages, fragments de pneus, et d’autres types de détritus (10-14). Tout cela peut rester en suspension pendant des heures pour être inhalé par les utilisateurs des souffleurs, et par les personnes de proximité où de passage – y compris les enfants. De surcroît, ces polluants, en plus de leur détérioration de la qualité de l’air et exacerbation d’effet de serre, sont fortement allergènes : ils menacent donc notre santé, surtout celle des jeunes et des gens âgés, ainsi que ceux souffrant des maladies respiratoires comme l’asthme….
Pour revenir sur la nuisance sonore, notre point de départ, il faut savoir que les machines à essence émettent des bruits dépassant le seuil « sain » de 85 décibels pour atteindre des intensités alarmantes au-delà de 100 décibels. Les casques portés (normalement) par les intervenants ne protègent que partiellement, et leur entourage (nous !) n’en profite pas ! Ce vacarme généré par les souffleurs est très gênant, et souvent insupportable. Non seulement pour les gens à l’extérieur (obligés de vite rentrer chez eux) mais même à l’intérieur car le bruit pénètre très efficacement les murs et les vitres. Comme conséquences, on peut citer les maux de têtes ainsi qu’un niveau accru de stress/tension qui empêche le travail et la détente, et qui peut se traduire par une dégradation du bien-être psychologique, ou pire …
