Au plus près du vivant

― Episode  4 ―

STOP aux souffleurs : pour le bien-être de votre jardin … (fin)

Dans ce dernier épisode – et épilogue – de sa saga sur les souffleurs de feuilles, Mark J. Millan nous propose des solutions et partage les points clés à retenir de son analyse.

Étant donné ce recueil frappant des inconvénients, risques et dangers, on pourrait s’étonner que les souffleurs soient encore si fréquemment utilisés, et même se demander pourquoi leur application n’est pas strictement réglée. En plus, ils ne sont pas efficaces pendant les périodes humides – les feuilles mouillées se déplacent et se récupèrent mal – tandis que, pendant les périodes sèches, ils soufflent davantage la poussière que les feuilles. Le vent ne simplifie pas non plus la tâche, car les tas de feuilles sont vite dispersés et le lendemain d’une nuit orageuse, les feuilles sont revenues et on recommence ! C’est de la peine – et peut-être même l’argent – perdus !

Que faire alors ?

1) Les petites réflexions du paragraphe précédent renforcent davantage la notion qu’on ferait mieux de renoncer aux souffleurs et de profiter d’un balai pour nettoyer les chemins et d’autres zones pavées ou bétonnées. En ce qui concerne la pelouse, dans la mesure où la couche de feuilles est trop épaisse on peut les enlever au moins partiellement avec l’aide d’un râteau. L’usage d’un balai ou d’un râteau nécessite un peu d’exercice physique, plutôt bien pour la forme. Pour les massifs – tout en reconnaissant le problème potentiel des vents forts – les feuilles peuvent être laissées sur place pour être décomposées et absorbées par le sol. Si, à l’instar de la pelouse, il y en a trop, elles pourront être en partie récupérées avec un râteau. De toute façon, les feuilles et d’autres débris végétaux récoltés doivent obligatoirement rester dans le jardin. Les rameaux larges pourront être exploités dans le montage des nids pour les abeilles et coléoptères, tandis que les feuilles et le petit matériel peuvent être dispersés sur des terres nues non protègees par la litière, ou bien consacrés au compost. On pourrait, le cas échéant, tout transformer par déchiquetage en paillis. Néanmoins cette  « solution » risque de faire déchiqueter les habitants de la litière également si on ne leur donne pas la chance d’y échapper, ce qui n’est pas évident. Donc, peu conseillé.

2) Si vous êtes obligés de faire intervenir des sociétés de jardinage (difficultés physiques, souffrantes, terrain trop vaste…) demandez qu’ils minimisent l’utilisation des souffleurs, et qu’ils limitent leur application aux zones non végétalisées. Si on explique bien et gentiment, les intervenants ont plutôt tendance à comprendre et accepter. Suggérez au patron qu’il fasse échanger ses modèles deux-temps contre les machines moins sales électriques, également pour le bien-être de ses co-équipiers – moins lourds, donc moins de risque des troubles musculo squelettiques. De toute façon, rien ne doit quitter le jardin : voir suggestion 1 concernant l’exploitation de débris végétaux récupérés.

3) Comme pour les patrons des sociétés de jardinage, encouragez votre mairie à renoncer aux souffleurs thermiques et même pour les modèles électriques de limiter l’usage aux rues, trottoirs, places de jeu etc. afin d’éviter que les égouts ne deviennent bouchés, et pour éviter le dérapage des piétons.  Demander que les souffleurs soient peu ou pas utilisés dans les parcs et jardins publics, et de toute façon seulement sur les chemins plutôt que sur les massifs et sous les arbres.

Inspirations d’ailleurs et conclusions

À la vue des observations ci-dessus, il semblerait logique de vouloir officiellement limiter l’utilisation des souffleurs, surtout thermiques (deux-temps/à essence), dans nos communes. Donc, on peut conclure cet article avec un petit tour de piste des efforts déjà mis en œuvre dans ce sens ailleurs.

Comme nous l’avons vu, les souffleurs ont les effets très délétères si utilisés sur les aires végétalisées. Néanmoins, en sachant que les souffleurs thermiques sont plus polluants que les voitures modernes, c’est leur impact pernicieux sur la qualité de l’air, sur la santé publique et sur l’effet de serre qui a amené à l’interdiction de leur vente (ainsi que d’autres genres d’équipements thermiques de jardinage) en Californie à partir de 2024. Des dizaines d’autres villes américaines ont également limité ou carrément interdit leur exploitation. Plus proche de chez nous, en 2014, les souffleurs ont été supprimés des villes autrichiennes comme Graz et, juste l’année dernière, un référendum a réussi de faire expulser les souffleurs thermiques de la ville de Zurich, tout en limitant l’usage des alternatives électriques à un maximum de trois mois de l’année. Enfin, la ville française du Touquet vient d’interdire l’utilisation des souffleurs thermiques par les professionnels à partir de janvier 2026…

Ils se pose donc une question urgente. Si d’autres villes et communes arrivent à limiter voire interdire l’utilisation abusive des souffleurs, pourquoi pas ici ? Ceci devrait être possible également, pour le bien des citoyens et de la nature. Une telle démarche s’inscrirait dans une stratégie plus large de protection de la nature et de la santé publique. Effectivement, il est capital, en plus des initiatives à l’échelle nationale et internationale, d’agir localement dans la promotion de la biodiversité, dans la préservation de l’environnement, et dans le combat contre le réchauffement climatique, des actions sans doute couronnées par des bénéfices en termes de bien-être physique et mental.

Ce qu'il faut retenir

La litière est composée des feuilles mortes et d’autres débris végétaux. Elle couvre et protège le sol et, reflétant sa décomposition, représente une source primordiale de nutriments pour la végétation. Sa décomposition est assurée par une diversité d’organismes allant des microbes jusqu’aux invertébrés détritivores. La litière est également un habitat vital pour beaucoup d’autres espèces en tant que refuge et zone d’hibernation, ou bien comme source de nourriture, notamment pour diverses classes d’insectes, amphibiens, mammifères et oiseaux.

Les feuilles mortes et la litière ainsi que la couche arable organo minérale de sol sont un « hot-spot » clé de biodiversité dans des jardins, des espaces verts et la majorité des écosystèmes terrestres. Les souffleurs, en éliminant les feuilles mortes et d’autres éléments de la litière, détruisent et déplacent  beaucoup d’animaux, tout en privant d’autres de leur habitat et de leurs réserves de nourriture. En plus de la perte de la litière, les souffleurs enlèvent une partie de la couche arable, et exposent le sol à divers risques,  comme la dessiccation, la compaction, les déficits d’aération et le gel. Ceci est associé à une détérioration des conditions de croissance des plantes ainsi que la perte des espèces qui vivent dans le sol et qui jouent un rôle important dans son brassage mécanique et la minéralisation de la matière organique.

Les souffleurs représentent un danger pour la santé de l’homme en raison des échappements nocifs et des bruits assourdissants des modèles thermiques (à  essence/deux-temps), et aussi à cause des nuages de poussières, pollens, mites, fragments végétaux, déjections et autres détritus déclenchés par toutes sortes de machines. Ces polluants allergènes et toxiques peuvent aggraver les maladies respiratoires comme l’asthme.

Pour mitiger les problèmes associés aux souffleurs, on préconise de ne pas les utiliser sur les surfaces végétalisées ou bien de terre nue : si le tas de litière est trop épais, on pourrait utiliser un râteau pour en dégager une partie. Pour les zones pavées et en béton, il vaut mieux faire appel à un balai. Les souffleurs thermiques devraient être interdits à la vente et à terme leur utilisation. Entre-temps, leur usage doit être minimisé, même en respectant le besoin d’exploiter des modelés électriques dans les rues pour éviter des bouchons dans les égouts, et sur les trottoirs pour éviter les dérapages des piétons. On peut s’inspirer d’autres pays, villes et communes qui ont déjà imposé les contraintes officielles à l’utilisation et la vente des souffleurs (surtout thermiques) ou bien les ont carrément interdits : par exemple, la Californie et beaucoup de villes américaines, ainsi que Zurich (par la suite d’un référendum) et très récemment le Touquet en France.

Ces démarches seraient complémentaires à bien d’autres initiatives locales qui, en synergie avec les démarches à l’échelle nationale et internationale, visent à préserver la biodiversité et protéger l’environnement avec les bénéfices nets pour notre bien-être et notre santé mentale et physique.

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