Au plus près du vivant
― Episode 6 ―
OCTOBRE, le mois où le ciel voyage aussi (2/2)

Le mois dernier, nous avons commencé notre voyage dans le monde de la migration. Nous avons découvert pourquoi les oiseaux migrent et quelles sont les différentes stratégies de migration. En octobre, le ciel est encore un lieu de spectacle exceptionnel pour observer les oiseaux migrateurs. Alors, comme pour ces oiseaux, il est temps à présent pour nous de poursuivre notre route à leur découverte en répondant, cette fois encore, à quelques questions choisies.
La migration est-elle innée ou est-elle le fruit d’un apprentissage ?
En général, la migration est innée, tout du moins la première migration. En effet, les adultes et les jeunes ne migrent pas ensemble. Les adultes partent en premier en laissant les jeunes se débrouiller. C’est le cas pour le martinet noir, où pendant les quelques jours avant le départ, les parents vont gaver leurs petits, encore au nid et qui ne savent pas encore voler.
Chez d’autres espèces, comme les oies ou les grues, les jeunes vont apprendre les routes migratoires en suivant les adultes qui les accompagnent. Ainsi, les risques sont réduits pour les jeunes et la cohésion familiale est renforcée.
Comment les oiseaux s’orientent-ils pour revenir tous les ans au même endroit voire pour certains pour retrouver leur nid de l’année précédente ?

Imaginez que l’on vous bande les yeux, qu’on vous lâche à plusieurs milliers de kilomètres de chez vous et que l’on vous demande de rentrer, sans aucune indication. Comment faites-vous ? Les oiseaux, eux, utilisent toute une panoplie de sens pour interpréter les repères extérieurs et sont capables de les traduire pour prendre la bonne direction et parcourir la bonne distance.
En effet, ils possèdent une boussole interne qui leur permet de s’orienter grâce au soleil pour ceux qui migrent le jour et grâce aux étoiles pour ceux qui migrent la nuit. Mais, même quand ces repères ne sont plus visibles parce que le ciel est trop nuageux, ils sont capables de se déplacer ! Ils se servent alors des propriétés du champ magnétique terrestre qui indique le nord et le sud et savent détecter d’infimes variations de changement d’intensité. Ceci est rendu possible par la présence de protéines magnétiquement sensibles dans leurs yeux et des cellules magnéto-réceptrices dans leur cerveau.
L’odorat pourrait aussi jouer un rôle pour affiner ou corriger une trajectoire. Une forêt, avec ses différentes essences d’arbres possède une signature olfactive. Cette odeur charriée par les vents pourrait servir à retrouver un endroit connu. Une fois les adultes partis, les jeunes vont passer quelques jours au nid. L’appel du ventre les fera sortir du nid. Ils vont apprendre seuls à voler et à chasser puis, quelques jours plus tard, ils vont prendre la route de la migration. Lors de cette migration, ils vont acquérir de l’expérience qui leur servira pour les migrations suivantes à affiner leur route et leurs choix d’hivernage.
Enfin, quand l’oiseau arrive assez proche, des repères paysagers qui lui sont familiers vont l’aider à retrouver son arbre, son étang.
Comment se nourrissent les oiseaux pendant la migration ?

Il y a les voyageurs de l’extrême, comme les barges rousses qui sont capables de migrer d’une seule traite. En les équipant d’émetteurs satellites permettant de suivre en direct leur déplacement, des chercheurs ont pu découvrir, en 2020, qu’un individu a effectué en dix jours un vol direct de l’Alaska jusqu’à la Nouvelle-Zélande, soit une distance de 12 000 kilomètres au-dessus de l’océan Pacifique, et ce, sans se nourrir.
D’autres oiseaux migrent en plusieurs étapes et se posent sur des sites de haltes pour manger, reconstituer les réserves d’énergie, se reposer après des centaines de kilomètres de vol ou bien attendre que les conditions climatiques redeviennent favorables pour les prochaines étapes. Le nombre de haltes et leur durée peuvent varier en fonction des espèces et de la météo. En majorité, ils font leur halte dans les lisières, les haies ou bien encore, dans les zones humides.
Enfin, il y a d’autres stratégies comme celles des hirondelles qui se nourrissent en vol et se posent la nuit venue pour dormir ou des martinets qui passent la quasi-totalité de leur vie dans les airs, et qui se nourriront et dormiront en vol.
De quoi dépend le succès d’une migration ?

Les oiseaux vont rencontrer de nombreux obstacles pendant la migration et la réussite de ce périple dépend de beaucoup de facteurs. Nous en avons déjà vu quelques-uns comme la capacité d’orientation et la qualité des sites d’alimentation. Nous pouvons ajouter à la liste ceux-ci dessous.
La prédation : c’est la principale cause de mortalité pendant la migration, surtout pour les passereaux. Par exemple, certains rapaces font coïncider leur période de reproduction avec la date de migration des passereaux dont ils se nourrissent. Chez les Pinsons (du Nord et des arbres), la proportion estimée d’individus victimes de prédateurs pendant la migration est de 10 %.
Les conditions météorologiques : des vents favorables facilitent le vol et réduisent la dépense énergétique, tandis que les tempêtes, les fortes pluies ou les vagues de chaleur peuvent rendre la migration plus difficile, voire mortelle.
Les barrières naturelles comme la mer ou la montagne.
Certaines activités humaines réduisent le succès de la migration comme la disponibilité des sites de halte migratoire engendrée par la suppression des haies dans les champs ou, pour les zones humides, les prélèvements excessifs d’eau. D’autres activités peuvent aussi être citées comme l’introduction d’espèces envahissantes, l’artificialisation des sols par l’urbanisation, les lignes électriques, les éoliennes, la pollution, la chasse ou le dérèglement climatique avec l’intensification de phénomènes météo ont aussi un impact.
Pour terminer
Notre voyage touche à présent à sa fin mais pas celui des oiseaux. Prenez soin de garder vos nouvelles habitudes acquises en septembre et continuez à lever les yeux vers le ciel à la recherche de ces extraordinaires migrateurs. Ce sera l’occasion d’observer de nouvelles espèces de passage ainsi que celles qui arrivent enfin à destination chez nous. Et si nous allons perdre la trace de certains, n’oublions pas que ce n’est que temporaire et que nous aurons la chance de les voir réapparaître, dans 6 mois, au printemps.
Si vous souhaitez aller plus loin sur ce sujet et sur d’autres thématiques naturalistes, vous avez la possibilité de rejoindre une des sorties mensuelles organisées par notre association à la Zone Humide et à l’Etang de l’Epinoche de Montesson. C’est aussi ce mois-ci que vont se dérouler les journées européennes de la migration et plus précisément du 3 au 11 octobre 2026. Cet évènement, organisé par la LPO en France, est l’occasion de découvrir le phénomène de la migration par des activités ouvertes à tous comme des sorties de terrain. Vous pouvez aussi écouter l’épisode du podcast L’Alule ! dédié à la migration avec comme invité Maxime Zucca ou bien encore lire son livre « La migration des oiseaux : comprendre les voyageurs du ciel » aux éditions Sud Ouest.
Crédit photographique
Les photos créditées de LBo sont de Laurent Bouilleau
CGa de Chrystèle Gardère
